Ascension du Mont-Fuji,  Japon

Ascension du Mont-Fuji, bonne ou idée folle ?

Nous avons commencé notre périple par un bus de nuit entre Osaka et Kawaguchiko avec la compagnie Kintetsu. Nous sommes parties le lundi soir à 22h de la gare d’Umeda pour une arrivée à 9h20 environ à Kawaguchiko (avec une demie heure de retard). Le trajet nous aura coûté 12.100 ¥ l’aller-retour par personne (soit un peu plus de 100 €).

gare routière de Kawaguchiko

A notre arrivée, nous cherchons le chemin de départ pour gravir la fameuse montagne, mais nous n’avions apparemment pas tout bien compris avant notre départ… en réalité le point de départ se fait à la 5ieme station (à environ une heure de Bus de Kawaguchiko) et nous, nous croyions que Kawaguchiko était la 5ieme station 😫… Ce qui n’était donc pas prévu, se fut cette perte de temps (et d’argent : tout de même 2.300 ¥ l’A/R par personne pour ce petit bout en bus) … Nous commençons donc la montée à 10h30 passées depuis la (vraie 😂) 5ieme station.

5ième station, point de départ par le chemin Yoshida.

Notre bus de nuit retour est prévu à 20h30 le soir même à Kawaguchiko. Nous sommes désormais à 1h de là ce qui, par conséquent, nous force à redescendre de la montagne au plus tard à 19h15.

Donc si je résume bien : le guide officiel du Mont-Fuji informe qu’il faut, par le sentier Yoshida, 6h30 pour monter et 3h30 pour descendre… Nous ne sommes pas très douées en maths mais il me semble que le total n’est pas loin de 10h pour la montée et la descente.

schéma du chemin Yoshida
image tirée du site : www.miki-visitasia.com

Mais là, il est 10h30 et nous venons seulement d’arriver à la 5ieme station, nous devons être redescendues pour 19h sous peine de rater notre bus de nuit… Aïe, il y a comme un problème de timing ! Qu’à cela ne tienne, nous ne sommes pas venues jusqu’ici pour ne pas atteindre notre but ! En avant !

Je me permets de faire une petite parenthèse concernant la compagnie de bus. Le voyage n’a pas été très agréable : les sièges n’étaient pas confortables du tout (même dans les métros il y a un eu plus de mousse dans les assises…) et puis la lumière est quasiment toujours grande allumée (je crois qu’ils n’aiment pas les lumières tamisées) sauf pendant 4h dans la nuit (entre 1h et 5h). Bref je ne sais pas si c’est pareil dans les autres compagnies de bus nippones mais franchement, cela ne nous aura pas aidé au repos avant et après l’ascension…

Mais revenons à notre escalade. Avant de partir, nous avions lu un bon nombre de témoignages disant que le Mont-Fuji est une montagne plutôt simple à gravir. Alors qu’en est-il des autres ?
Je ne sais pas si c’est parce que nous ne sommes pas vraiment entraînées pour ce genre de randonnée ou si c’est parce que nous ne sommes pas de grandes sportives mais… franchement c’était très dur. Nous avons sous-estimé sa difficulté.

Les roches immenses sur le chemin sont dangereuses à franchir, surtout la nuit.

Et je pense que nous n’étions pas les seules. Nous avons vu pas mal d’enfants d’une dizaine d’années entreprendre l’ascension avec leurs parents mais également des personnes âgées. Nous pensons à présent que cela reste un périple vraiment très dangereux pour eux.
En effet, dans certains passages (comme sur les photos ci-dessus), nous sommes obligées d’escalader de gros rochers ; les enfants ont des trop petites jambes et les personnes âgées doivent se mouvoir de tous leurs membres un peu fébriles pour monter chaque rocher ce qui accroît le risque de mauvaise chute.
De plus, nous avons croisé une jeune fille à quelques mètres du sommet qui n’arrivait plus à monter ; elle était prise de nausées. Sans compter le nombre d’enfants que nous avons vu à cet endroit avec des bouteilles d’oxygène…
Mais ce qui nous aura le plus marqué durant cette expérience, c’est que, durant notre descente, nous avons été témoins d’un drame qui ne fait que renforcer notre opinion à ce sujet. Nous y reviendrons tout à l’heure.

refuge de la 7ième station

Durant l’ascension, vous avez plusieurs refuges (à environ toutes les heures de marche) dans lesquels vous pouvez acheter de quoi boire et manger (mais c’est assez cher) voire même dormir (à condition de réserver à l’avance et de payer presque 80€ la nuit). Les refuges sont en réalité des pièces uniques en tatami ; la nuit se fait donc de façon collective (je vous invite à regarder notre vidéo YouTube en bas de cet article pour mieux visualiser le concept).

dortoir d’un refuge vers la 8ième station

Lors de votre ascension, vous vous repérez avec le numéro des stations (refuges) principales : la 5ieme étant le point de départ, comme nous vous l’avons expliqué au-dessus et la 9ieme l’arrivée (avant le cratère). En revanche ne vous faites pas avoir, entre la 8ieme et la 9ieme station, vous avez la 8.5 ! Quand vous l’apercevez, sachez qu’il vous reste encore un bout à faire avant la 9ieme. Et psychologiquement parlant cela n’aide pas, car le plus dur reste incontestablement la partie après la 8ieme station, soit les 700m restants avant le sommet… La marche se transforme en escalade. Nous avons du mal à avancer ; il nous faut presque 40 min pour faire 150m dans la dernière ligne droite.

derniers mètres

Nous voyons un bon nombre de panneaux d’indications du sommet qui ne veulent toujours pas nous dire qu’il ne reste que 10m… C’est horrible. Plus on avance et plus on a l’impression que ces panneaux se jouent de nous ! Mais on s’accroche ! Nous n’avons jamais été aussi prêtes du but.

Et voilà, qu’enfin, nous voyons ce Torii blanc qui nous annonce l’arrivée au sommet.

avec le soleil qui nous attend au sommet,
on croirait presque voir la lumière au bout du tunnel 😂

Nous gravissons les derniers escaliers avant de nous retrouver devant Kusushi Shrine, un petit sanctuaire (où il vendent des souvenirs).

Kusushi Shrine

La température au sommet est d’une dizaine de degrés ; il est 16h30. La fraîcheur nous fait du bien, à condition d’avoir une bonne veste. Mais nous pensons que la nuit, les températures sont glaciales ; une simple veste n’est donc peut-être pas suffisante.

Après s’être assises quelques minutes sur les bancs devant les distributeurs automatiques de boissons (ils aiment trop ça au Japon… on en trouve même à 3700m d’altitude !), nous sommes allées voir un bout du cratère.

mais qui est la personne qui vient les recharger tous les jours ? 😂

Mais le temps étant compté à cause des horaires de bus, nous n’avons pas pu profiter du sommet convenablement et cela restera notre plus grand regret…

le cratère du sommet

Nous redescendons la montagne avec une vitesse soutenue. Mais, les beaux paysages qui s’offrent à nous, nous boostent. Nos cuisses souffrent et je ne parle pas des genoux… nous enchaînons les pas en se battant contre la gravité.

vue depuis le début de la descente

N’oubliez pas de mettre des bonnes chaussures de marche qui adhèrent sur tous les terrains… Car, après avoir escaladé les rochers et grimpé dans les graviers, nous voilà en train de redescendre dans du sable et nos chaussures nous ont sauvées de bien des glissades !

le chemin est extrêmement glissant

Après quelques km où l’on ronchonnait sur la douleur de nos jambes et nos pieds, nous sommes contraintes de faire une pause afin de laisser passer un véhicule de secourisme. C’est une sorte d’engin de chantier avec des chenilles à l’avant duquel on trouve une « benne » un peu comme sur les pick-up. On voit au loin un homme en train de « pomper » très énergiquement dans la « benne » de l’engin ; on se demande d’ailleurs ce qu’il peut bien faire aussi intensément. Le véhicule s’approche et nous comprenons enfin la situation ; un secouriste est en train de faire un massage cardiaque à un monsieur d’une cinquantaine d’année. A côté, une jeune fille affolée crie « courage professeur, courage ! ». L’engin poursuit sa route le plus rapidement possible mais le nombre conséquent de virages ralentit trop dangereusement le convoi. Et quelques virages plus bas, le secouriste, à bout de souffle, recouvre d’une couverture le corps de ce monsieur venant de décéder…
Nous sommes sous le choc. D’un coup, nos jambes ne nous font plus mal, on continue d’avancer mais notre cerveau nous repasse en boucle cette scène dramatique pendant de longues minutes…

le nombre incalculable de virages ne permet pas une rapide évacuation
en cas de problème


Voilà donc pourquoi nous ne vous dirons jamais assez de ne pas prendre à la légère ce genre de randonnée… Peu importe les témoignages que vous lisez sur les forums, les blogs et autres : Préparez-vous, équipez-vous, reposez-vous mais surtout, soyez à l’écoute de votre corps constamment.

La nuit commence à tomber, il est 18h. Il nous reste un peu plus d’un km mais le sentier commence à devenir un peu plus plat ce qui nous soulage un peu les muscles. Nous nous rendons compte que nous avons même un peu d’avance sur nos prévisions : nous atteindront la 5ième station un peu avant 19h.

Nous arrivons enfin à la 5ième station soulagées, éreintées, mais fières d’avoir réussi, un jour dans notre vie, à atteindre un des plus hauts sommets du monde.

photo prise dans un refuge 500m avant l’arrivée

Nous avons donc grimpé le Mont-Fuji en 5h30
et nous l’avons descendu en 2h15.

La vidéo est déjà montée mais le logiciel que j’utilise ne me permet pas de l’exporter en mp4 sur mon ordinateur à la suite d’un bug… j’attends leur prochaine mise à jour qui résoudra certainement ce problème… désolée 😭

5 commentaires

  • Anne

    Waouw! Vous êtes courageuses! Les ascensions de montagnes ne sont jamais simples… sauf pour des alpinistes chevronnés , peut-être, mais vous l’avez fait! Chapeau!!!
    Bisous à vous deux

  • Franck Thabourey

    Juste waow! Sincères félicitations pour votre prouesse les filles et dommage pour cette malheureuse séquence dont vous avez été les témoins. Une bien triste situation.
    En espérant que vous avez quand même pu récupérer convenablement depuis, je vous dit à très bientôt, et toujours aussi pressé de vous relire dans vos péripéties nippones et plus largement asiatiques 😘

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